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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 10:29

Une deuxième année = un nouveau départ au Tchad. Le temps s’arrête, ou plutôt s’accélère….Voilà déjà plus de 4 mois que je suis rentrée à Mongo, et pourtant j’ai l’impression que c’était hier. A mon arrivée, tout était vert, la nature s’était régénérée, avait pris elle aussi un nouveau départ. La saison des pluies est passée, cédant la place à nouveau à un paysage infiniment sec et chaud. La deuxième année est très différente. Le retour après les congés en France n’est plus un moment de découverte, d’émerveillement face à la nouveauté, mais plutôt un temps rassurant où l’on retrouve son chez soi, ses repères. Cette sensation est douce et apaisante mais angoissante aussi à la fois car mon chez moi ici ne sera bientôt plus et je devrai partir….La deuxième année est alors aussi un compte à rebours dès la première seconde, où chaque moment est vécu comme s’il était peut-être le dernier. Depuis le retour, je me sens réellement épanouie ici, chaque jour est une noyade de bonheur et c’est parfois dur de se dire que cela devra s’arrêter. L’inconnu de l’an dernier, les doutes, les peurs, se sont transformées en réalité, en quotidien, en vie. C’est agréable de se faire appeler par son nom dans la rue, de sentir la chaleur des gens devenue plus sincère et proche, de pouvoir plaisanter avec eux, rire avec eux, partager, parler leur langue (même si mon arabe est loin d’être parfait, c’est comme si depuis le retour tout était plus simple, hayyan !!). J’ai retrouvé Flore, ma grande amie, qui m’a soigné sans précédent d’un mauvais palu, baptême de retour au Tchad…Les voisins, maman Erbyé et ses 10 enfants dont la petite Koloma qui a fait ses premiers pas en novembre dernier. Les collègues de travail qui me font davantage confiance. Et bien sûr quatre nouveaux colocataires incroyables, des cadeaux tombés du ciel qui donnent une touche nouvelle à notre maison de Gourouma : Inés, Victor, Marie-Alix et Mirjam, à nous cinq on se croirait presque au Conseil de Sécurité de l’ONU, 3 pays représentés, sauf qu’on ne traite pas d’affaires de guerre ni de sécurité, nos résolutions portent seulement sur le menu du soir que l’on va manger, la fête que l’on va organiser samedi soir et le prochain weekend en excursion à planifier ! En parlant d’excursion, la dernière en date s’est passée à Abéché, à l’Est du Tchad. Je prends juste un petit moment pour raconter ce voyage aventurier… :

 

Abéché = 5heures de trajet en voiture, dont 2heures de piste et 3heures de goudron. Arrivée à Abéché, surprise : des maisons à étages, des feux tricolores, des richkas (taxis sidcars venus d’Inde), des restaurants !!!! Un vrai changement par rapport à Mongo. L’aventure débute avec une découverte du marché. La tension est notable dans les rues, les regards des gens un peu plus oppressants, sûrement les vestiges des combats armés des dernières années dans la zone orientale du pays. Notre bonne étoile ne nous abandonne pas et nous permet, à force d’insistance, de voyager en avion humanitaire jusqu’à Goz Beida où nous sommes accueillis comme des rois par l’équipe du JRS (Service Jésuites aux Réfugiés) dans leur base. Aussitôt arrivés, nous embarquons dans une jeep direction un camp de déplacés. Rien à voir avec les images qu’on nous bombarde à la TV. Visite de l’école des déplacés dans laquelle est en train de s’organiser une journée d’échange pédagogique avec une autre école. Je reste sans voix devant l’organisation et la volonté de travail des parents. On poursuit notre chemin vers le camp de réfugiés soudanais. Là encore une image qui rompt totalement nos stéréotypes biaisés par les médias et notre ignorance. Difficile de distinguer le camp de la ville, car c’est en fait une vrai ville de plus de 20.000 habitants qui se sont installés dans la zone en 2004, chassés du Darfour par les guerriers Jadjawids de Kartoum. Les réfugiés, principalement d’ethnie africaine zagawa et fur,  vivent dans des conditions nettement meilleurs que celles de leurs concitoyens au Soudan et même que celles de leurs hôtes les tchadiens, ce qui ne manque pas d’attiser les tensions entre les deux populations. L’afflux massif des ONGs au début du conflit du Darfour a provoqué un attentisme et un culte de l’assistance chez les réfugiés auquel il est très dur de remédier. Alors dans les rues de la ville, construites selon un plan très cartésien onusien,  s’enchaînent les bureaux d’ONGs, les installations sanitaires, les écoles (pas moins de 7 dans tout le camp !). En rentrant à Goz Beida, de retour, je ne réalise même pas que l’on est sorti du camp, on est bien loin des images des réfugiés vivant sous la tente auxquelles on s’attendait naïvement….Cette visite à Goz Beida est aussi une chance pour nous d’échanger avec l’équipe du JRS, surtout pour Inés et moi, en tant que représentantes de notre association Foi et Joie. Je réalise combien nos deux associations réalisent un travail analogue pour la promotion de l’éducation. J’ai des idées plein la tête, de l’enthousiasme et de l’espoir plein les poumons ! Le weekend n’en est pas encore à sa fin, puisque notre étoile nous fait faire la connaissance des pilotes de l’avion Air Serv sur le vol du retour à Abéché, une rencontre très fortuite qui nous permet de manger des plats qu’on ne pensait pas possible de manger au Tchad le soir au restaurant et de savourer un superbe brunch américain chez eux le dimanche matin : french toasts, beans, potatoes, african tea, incroyable mais vrai, le tout dans une somptueuse villa bien gardée par des chiens dressés pour tués (vrai vrai !), il existe vraiment deux Tchad au Tchad……

 

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Published by Tite Luna
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