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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 16:21

Je vais essayer de rattraper aujourd’hui mon manque d’assiduité de ces derniers mois pour vous mettre au courant des grands faits marquants qui se sont passés au Tchad depuis janvier 2011:

 

Bitkine Mars 007(1)Le 8 mars : La journée de la femme

Une journée qui ne nous dit peut-être rien à nous femmes européennes et dont nous ignorons la date, l’origine et l’objectif mais qui ici en Afrique prend tout un autre sens et une grande importance. C’est la seule journée pendant laquelle les femmes défilent avec fierté et enthousiasme pour revendiquer leur statut de femme, leurs engagements et leur légitimité d’exister. Seule journée (ou pas ?!) pendant laquelle les femmes font la fête comme les hommes, boivent la bili-bili( bière locale à base de mil), chantent et dansent et révèlent au grand jour leur joie d’être femme. Très émouvant de voir toutes les femmes et filles tchadiennes défilant avec leurs pagnes colorés achetés spécialement pour l’occasion (10.000 F le pagne cette année, un sacré budget !), leurs cheveux récemment tressés, leur peau blanchie (un phénomène courant ici qui m’a frappé plus spécialement le jour de la fête : les femmes ont recours à des crèmes de soin éclaircissant la peau, la mode à la Mickael Jackson semble avoir fait le tour du monde, ou bien serait-ce quelque chose propre à l’être humain, l’éternelle insatisfaction et volonté d’être ce qu’on n’est pas, nous femmes européennes cherchant à tout prix à nous bronzer et elles, femmes noires, désespérées pour obtenir notre teint blanc symbole de richesse et aisance….).

 

Le 25 avril : Elections présidentielles


Initialement les élections étaient prévues le dimanche 24 avril (jour de Pâques) mais ont été reportées au lundi 25 avril à la demande la communauté chrétienne, requête acceptée par Déby, un bel exemple de l’entente et le respect existant entre les musulmans et chrétiens au Tchad. Elections ? Peut-on parler d’élections quand seul le Président sortant se représente, à peine seconder par 2 autres candidats inconnus, loin d’être de vrais opposants mais plutôt des pantins alliés au Président qui lui servent d’alibi pour prétendre des élections libres dans lesquelles il sera élu dès le 1er tour. Avant même que les élections n’aient eues lieu, dans toutes les bouches on entendait le même refrain : c’est Déby qui sera élu avec 200% de voix dès le 1er tour. Le scrutin est donc connu d’avance et semble satisfaire tout le monde, d’ailleurs tous iront voter pour Idriss Déby Itno, de son nom. A quoi bon voter pour quelqu’un d’autre ? « Le Président a suffisamment mangé et rempli ses poches pendant les 20 dernières années, maintenant il commence enfin à partager la part du gâteau avec nous, il faut donc le soutenir ! Si nous élisons quelqu’un d’autre au pouvoir, nous reviendrons deux décennies en arrière et reverrons le même scénario se reproduire et à nouveau l’argent du pays tombé entre les mains du gouvernement…. » Fatalité ? Résignation ? Espoir ? Dur d’interpréter et de partager cette opinion commune plutôt antidémocratique et anti liberté à mon goût…..Après un mois, les résultats du vote sont enfin rendus officiels : Idriss est réélu au pouvoir avec 88% des voix, c'est-à-dire près de 2 millions de voix, même si dans la réalité les chiffres auront comptabilisé seulement 1,5 millions de votant (64%)… !!!!

 

Mars-Avril : Grève générale des maîtres communautaires dans le Guéra

 

Avant tout, je vous dois une explication en ce qui concerne le statut des maîtres communautaires. Ce sont des maîtres Bitkine Mars 011(1)sans formation qui ont été choisis par les parents parmi les personnes du village ayant fréquenté l’école. Ces maîtres ont un niveau académique très bas, qui dépasse parfois de très peu celui de leurs propres élèves car beaucoup d’entre eux n’ont même pas terminé le cycle primaire et se retrouvent à enseigner à des élèves du même âge….Vous imaginez donc que leur niveau médiocre a une grande répercussion sur la qualité de l’enseignement et le niveau des élèves tchadiens…Ces maîtres sont pourtant la majorité, surtout dans les villages de brousse. A la charge des parents d’élèves organisés en APE (Associations de Parents d’Elèves), ils reçoivent, dans les meilleurs cas, une paye symbolique par mois (en général entre 7.500 et 10.000 F mensuels, souvent payés en nature en sacs de mil = environ 15 €), salaire qui est trop souvent irrégulier voire parfois inexistant ! C’est ce problème de paye qui a provoqué la grève générale de mars pendant laquelle tous les maîtres communautaires se sont mis en grève pendant plus d’un mois, soit un mois pendant lequel les élèves n’ont pas eu cours, une situation très grave vu la durée déjà minime de l’année scolaire ici qui ne dépasse pas les 5 mois de classe (de novembre à mai)…Leur sujet de protestation : réclamer la paye de l’Apiced qui avait déjà plus de 6 mois de retard. Oui car en plus de la paye des parents, certains maîtres communautaires ont la chance d’être soutenu par l’Etat à travers l’Apiced (Agence pour les Initiatives Communautaires Educatives pour le Développement). Cet organe octroie aux maîtres une aide supplémentaire pour compléter l’apport des parents, versée individuellement en deux tranches par an. Ce surplus est donné seulement aux MC reconnus par l’Etat, mais est dans certains cas repartagé dans l’école entre l’ensemble des MC de manière équitable. Résultats de la grève : après plus d’un mois blanc, ils obtiennent enfin leur indemnité versée avec plus de 6 mois de retard. Conséquences : des écoles fermées, ou laissées entre les mains du seul maître fonctionnaire d’Etat, le Directeur, se retrouvant avec 6 niveaux à sa charge, soit plusieurs centaines d’élèves, autant dire mission impossible ! De cette grève, je retiens un grand problème et fléau du Tchad, qui empêche le développement du pays : le manque d’investissement dans l’éducation et le manque crucial de maîtres formés intégrés par l’Etat. Pourtant en regardant bien, et en s’informant, on découvre que des milliers de jeunes ayant étudié à l’Ecole Normale pour devenir maître attendent des années désespéramment leur intégration à la fonction publique puis leur affectation dans une école. Au Guéra, ils seraient près de 2.000 dans cette situation. Alors si l’éducation est laissée entre les mains de maîtres communautaires presque analphabètes, s’agit-il d’un manque de volonté du gouvernement ou bien d’une stratégie pour maintenir le peuple dans l’ignorance et donc dans la soumission…..

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Published by Tite Luna
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commentaires

EYMARD 18/06/2011 11:04


Merci pour ce que nous dit Tite LUNA. Connaissant l'Afrique pour y avoir vécu 16 ans je comprends très bien les problèmes du Tchad. Merci car ce qui est écrit n'est pas " langue de bois " et nous
permet d'être conscient de ce qui se passe en vérité dans ces pays où les dirigeants pensent plus à eux-mêmes qu'à leur peuple. BRAVO !