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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 17:00

Couchers de soleil 019(1)Dimanche 12 décembre, nostalgie grandissante à l’approche des fêtes de noël… Pour la 4ème année consécutive, me voilà contrainte de passer cette période de l’année loin des miens. Finalement, ce que j’avais longtemps cru être une tradition forcée, un excès de consumérisme, une hypocrisie, familiale, devient soudainement ici importante à mes yeux dans son essence la plus profonde : le partage et la rencontre avec les siens, famille et amis. Mais ici, c’est avec une nouvelle famille, une nouvelle communauté de frères et de sœurs (entendez amis, et non pas religieux) que je vais fêter la fin de l’année, une nouvelle expérience et épreuve école de vie. Je me rends compte aussi qu’ici ma situation n’est pas un cas exceptionnel, mais plutôt une généralité, car peu sont ceux qui ont la chance de pouvoir passer noël en famille, et nombreux sont ceux, enfants, étudiants, parents même, qui sont loin des leurs, forcés par la vie de quitter le foyer à la recherche d’une vie meilleure. Habiba, la fille d’Erbyé la voisine, étudie la seconde à Ndjaména cette année et ne rentrera pas pour les fêtes, pas assez d’argent pour payer son voyage, elle est donc contrainte de rester là-bas avec son tuteur et de la famille éloignée. Cela me remet un peu les pieds sur terre, finalement mon sort est bien ridicule à côté de tout ça !

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On s’affère à préparer une veillée pour noël avec les amis de la communauté. Cette semaine, répétition intensive des chants pour le 24. Le projet de vacances à Zakouma se concrétise aussi. On attend Charlotte, Charles-François et Valérie (volontaires DCC au Tchad) avec impatience pour trinquer au champagne la nuit de Saint Sylvestre et  s’embarquer dans la voiture qui nous emmènera au pays du Roi Lion, je rêve déjà de nuit en plein air, de veillées à la guitare, de lions, d’exotisme et de vacances !!!!

 

A cette nostalgie commune, s’ajoute la sensation aujourd’hui, après trois mois passés ici, de ne pas réussir à donner le meilleur de moi-même, de pouvoir donner plus mais de ne pas savoir comment….Et je découvre que la réponse à ma question n’est pas dans la quantité et dans les moyens, mais plutôt dans la qualité. Pas facile de ne pas confondre solidarité et service avec assistencialisme. Ici, le meilleur que l’on peut donner aux gens n’est pas dans le matériel mais plutôt dans le temps qu’on dédie à passer avec eux. Samedi soir, en passant la soirée à l’internat des filles où je me suis fait tressée la tête entière (aïe aïe, une heure avec 3 filles sur ma tête !), j’ai eu l’impression de recevoir plus que ce que j’étais venue donner de moi en leur donnant ma soirée et en passant du temps avec eux. Je me retrouve finalement chouchoutée par les filles, servie comme une princesse et assommée de remerciement pour le service rendu, mais quel service si je n’ai rien fait d’autre que de passer quelques heures avec elles pendant lesquelles je n’ai rien fait sinon me faire tresser et manger le plat qu’elles m’ont-elles-mêmes préparé ? Pas facile à comprendre et à assimiler, et pourtant leurs sourires et remerciements sont la preuve que je leur ai donné quelque chose de précieux pendant cette soirée (au-delà des Carambars que j’avais apportés avec moi !). Comment se libérer alors de nos attitudes de colon sauveur, comment ne pas succomber au sentiment de pitié comment ne pas tomber dans de la charité non-constructive et humiliante, comment rompre ces rapports de dominant-dominé, d’européen moderne et d’africain pauvre et inculte ? Apprendre à vivre et se mettre au niveau des gens, apprendre à revenir à des gestes simples, un défi à relever.

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Alors aujourd’hui dimanche, après déjeuner, j’ai décidé de mettre en pratique ma réflexion en passant une heure et demi chez les voisins avec la maman Erbyé et les enfants. Je me suis assise spontanément et naïvement sur la natte et ai commencé à prendre les coques d’arachides fraichement récoltées du champ familial et a les décortiquer, pendant que la grand-mère était occupée déjà sur le feu à griller ceux déjà prêts pour en faire des cacahouètes pour le petit commerce. Le résultat est plus que positif : après une heure et demi de présence, et une montagne d’arachides décortiquées, Erbyé a le sourire jusqu’aux oreilles du temps passé toutes les deux à discuter, du temps passé à l’écouter, à échanger, à être ensemble comme deux amies et non pas comme une nasara (=européenne) et une tchadienne, j’empoche même un verre de thé vert bien chaud ! De quoi me redonner l’espoir et la confiance que tout n’est que question de temps, de patience, d’efforts et de détermination et que même si l’être humain est complexe, deux personnes qui pourraient sembler si différentes, venues de mondes totalement opposés sont capables de s’entendre et se comprendre sur les choses simples de la vie !

 

Après tout ça, la journée se termine par une balade à la montagne, une heure de marche et une petite montée d’adrénaline sur le haut de la colline pour admirer Mongo au coucher du soleil…

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Published by Tite Luna
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